Nous sommes maintenant dans la baie de Caraques en Équateur, voisins de Black Billy, un bateau australien qui navigue depuis 14 ans autour du monde avec à son bord un couple de retraités nommés Lulu et Sean. Il nous accueillent fabuleusement bien, ils viennent vers nous avec des croissants qu’ils nous offrent puis nous donne toutes les informations utiles si bien que nous connaissons les lieux avant même d’avoir mis pied à terre. En réalité le fonctionnement de la marina et de l’ensemble des services pouvant être fournis dans la région ne tournent qu’autour d’une seule personne et même personne, Geane. Geane est un américain originaire de Floride propriétaire du seul bar -restaurant et hôtel de la ville faisant face au mouillage où nous nous trouvons. L’escale à terre passe obligatoirement par ce bar-restaurant et regroupe donc naturellement tous les plaisanciers. Nous sommes en plein mois de Novembre, un des mois les plus bas de la saison, bien peu de bateaux sont présents ce qui permet à Geane de prendre le temps de nous accueillir. Il nous demande de ne pas hésiter à le solliciter, quelque soit notre besoin nous pourrons compter sur lui. Geane s’occupe aussi de toute la gestion du mouillage et de la location de l’ensemble des corps morts. Un corps mort est un objet (généralement une dalle de béton) très lourd enfoui au fond de la mer relié à une corde fixée sur une bouée et permettant amarrage d’un bateau sans son ancre. L’avantage d’un corps mort réside dans la sécurité car si une ancre peut glisser ou décrocher, cela en sera tout autrement d’un corps mort. Ici la location d’un corps mort coûte 250 $ / mois et si l’on désire rester au mouillage sur son ancre le tarif est de 100 $ / mois. Ces tarifs sont justifiés par la surveillance permanente des bateaux (un vigile reste sur place toute la nuit), par l’entretien du seul débarcadère pour annexe et par l’accès illimité en eau potable. Ces tarifs sont très corrects en comparaison des autres pays où il est interdit d’utiliser son ancre et où on doit parfois payer un corps mort onéreux (plus de 40 $ / jour) sans pour autant bénéficier d’aucun service particulier. Dans l’après midi en contrebas du village à seulement cinq minutes à pied, nous avons pu découvrir un grand centre commercial fort bien achalandé; c’est vraiment très pratique et cela nous donne encore une occasion de dépenser notre argent. Le soir nous retrouvons au bar-restaurant Lulu et Sean, notre voisin australien, avec qui nous partageons quelques litres de bières. C’est avec plaisir que nous abordons tous les sujets avec ce couple de retraités dont l’ouverture d’esprit n’a d’égal que leur gentillesse. Nous en profitons pour aborder la description de leur pays car il s’agira d’une de nos prochaines grandes étapes. A cette occasion Lulu nous met en garde et confirme la présence d’un racisme encore bien présent en Australie, que soit envers les français ou globalement envers quiconque d’origine différente qu’anglaise. En bref, il semblerait que les français soient considérés en Australie par certains chauvins un peu de la même manière que les arabes en France. La soirée passée avec Lulu et Sean est des plus agréables, nous partageons nos projets et futures routes de navigation, et malgré cela n’avions encore aucune idée que nous nous retrouverions des mois plus tard en Polynésie sur les îles Gambiers. Nous les remercierons à cette occasion des moments passés en Équateur en leur apportant quelques perles des Gambiers très difficile à se procurer pour des personnes ne parlant pas français. Ce matin nous nous levons sous d’épais nuages gris afin de réaliser quelques bricolages et surtout attendre la douane qui est au moment où j’écris ces lignes en train d’inspecter notre bateau voisin, Lulu et Sean. Ils sont trois agents et cela semble prendre du temps, c’est plutôt stressant surtout lorsque l’on sait que l’on a à son bord l’équivalent de 120 litres d’alcool et 75 cartouches de cigarettes. Nous sommes un peu nerveux, aux aguets, nous épions par les hublots les moindres faits et gestes de chaque douanier. En fait, c’est avec stupéfaction que nous constatons que les douaniers quittent notre voisin sans nous prêter la moindre attention. Nous avons pourtant hissé le pavillon jaune indiquant à la douane que nous attendons leur passage à bord avant de rejoindre la terre. Ils se contentent de nous saluer d’un geste de la main et s’en vont. Nous sommes aussi soulagés que perplexes, nous comprendrons plus tard que leur attitude est du à l’intervention de Geane qui conseilla aux douaniers d’éviter de perdre leur temps avec nous car nous partons le lendemain. Nous partirons ainsi sans rien payer en droits d’entrée dans le pays économisant 350 dollars et évitant une visite inopportune de la douane, merci Geane. Nous terminons les derniers travaux sur le bateau en particulier l’amélioration de l’installation de la radio BLU qui nous permet de capter la météo au large. Geane semble nous avoir pris sous son aile et passe l’après-midi avec nous. A la recherche d’un tourneur pour fabriquer notre nouveau poisson d’Hydro générateur, nous sillonnons la ville avec lui dans ce but mais c’est un spectacle de désolation qui s’offre à nous. « Terre brûlée au vent des landes de pierre » C’est le décor dont nous avons droit. Le décor d’une ville en ruine d’après guerre qui aurait été bombardée à différents endroits. Un séisme d’une très forte amplitude a eu lieu il y a quelques mois de cela et a détruit la ville faisant plusieurs centaines de morts. Des milliers de pauvres gens se sont retrouvées à la rue du jour au lendemain et ont dû être gérées en urgence par le gouvernement soutenu fort heureusement par la solidarité du peuple équatorien et différentes aides venues de l’extérieur. Geane nous explique que des manifestations vont bientôt avoir lieu car l’intervention du gouvernement est jugée beaucoup trop laxiste, pire il semblerait que certaines aides aient été détournées par certains corrompus. Tout ceci reste dramatique mais le mal semble s’être dissipé, la souffrance estompée tant est si bien que nous avons du mal à nous représenter l’étendue des dégâts. L’attitude optimiste des habitants et la vitesse à laquelle tout est reconstruit nous oblige à avoir un regard différent. Un bâtiment neuf surplombe l’épave d’une maison. Des gens viennent nous voir pour saluer Geane et leur faire part de leur reconnaissance, Geane les remercie humblement mais il nous confiera à demi mots qu’il ne se rappelle pas de ses interlocuteurs ni même de ce qu’il a bien pu faire pour eux. Il faut dire qu’au moment des faits, Geane n’a pas aidé seulement quelques personnes, il a aidé une ville entière et la manière dont il nous en parle semble rentrer dans le simple cadre du devoir citoyen. Le complexe hôtelier de Geane a aussi été détruit ainsi que l’un de ses appartements en ville mais ses moyens financiers lui ont permis de rapidement tout reconstruire . Le soir et pour terminer cette éprouvante journée, nous invitons Geane à boire une bière avec nous dans son propre bar-restaurant. Il accepte notre invitation, nous laisse prendre en charge la première tournée puis nous offrira les autres bières. Il y en eu beaucoup si bien que nous finirons à l’état d’ivresse ce qui est normal puisque c’est le nom de notre bateau. Mais ce qui contribua à cet état d’ivresse fut également les propos et anecdotes tenues par Geane, ex agent de la CIA. Gene Tatum nous décrit sa vie, une vie tellement trépidante qu’elle nous plonge purement et simplement dans un film biographique d’espionnage. Gene démarre sa carrière dans les années 70 en tant que pilote d’hélicoptère dans les forces spéciales américaines et participe à de nombreux conflits. Durant cette période, il aura l’occasion de se cracher trois fois, résultats de belles cicatrices qu’il nous montre fièrement à côté de deux impacts de balles sur lesquelles il restera plus évasif. Geane rejoindra par la suite la CIA pour réaliser de nombreuses missions et tenir de nombreux rôles sous différentes identités. Dans un premier temps, il travailla dans différentes affaires internes d’Amérique en tant qu’espion pour le compte d’illustres personnages politiques tels que Georges w Bush. Puis on lui confia des missions à l’étranger en tant qu’espion, principalement en Amérique du sud, sur des sujets sensibles au sein de pays jouant un rôle dans la stratégie économique du gouvernement américain. Si le permis de tuer de James Bond reste de l’ordre de la fiction, les moyens employés par la CIA pour encourager telle révolution ou au contraire destituer tel dictateur semblent illimités tant les enjeux économiques sont importants. Nous n’avons pas demandé à Gene s’il avait déjà tué une personne dans sa vie; nous connaissions déjà la réponse et la question fut aussi naïve que dérangeante. Quand vous appartenez à la CIA et collaborez directement ou directement avec des seigneurs de guerre, des trafiquants de drogue, des politiques corrompus ou des mercenaires cette question ne se pose plus. Enfin Geane termina sa carrière dans les années 90 en rejoignant une cellule spéciale de la CIA appelée Pegasus regroupant les activités terrorisme et narco trafiquant. C’est à ce moment là qu’il put intervenir dans l’affaire Pablo Escobar, de loin le plus gros narco trafiquant au monde. Nous interrogeant sur la véracité des propos tenus et la décontraction avec laquelle Geane raconte ses péripéties sorties d’un univers parallèle, nous lui faisons part de notre étonnement. Il nous fait alors comprendre que sa vie est déjà racontée dans un livre biographique que l’on peut facilement trouver sur internet. Effectivement après quelques recherche, nous avons pu trouver son livre et bien plus encore puisqu’il existe trois sites internet qui retracent les différents faits exposés : http://ppia.wikia.com/wiki/Chip_Tatum http://chiptatum.com http://wikiarmy.com Dans les années 1990, Geane se fit passer pour mort afin de retrouver une certaine liberté et sérénité (il semble qu’il ait eu quelques ennemis). Peut être aussi est ce le programme de la CIA pour les espions ayant travaillé de nombreuses années et à qui ils souhaitent redonner une nouvelle vie. Toujours est il que Geane réapparut 10 ans pour révéler dans son livre et sur internet des faits tenus secrets très longtemps. Durant cette période Geane créa et dirigea une entreprise importante en Californie qui consistait à s’occuper d’une partie de la maintenance des équipements électroniques (notamment les radars) de l’armée américaine. Puis profitant de ses relations privilégiés avec de hauts fonctionnaires d’Amérique du sud, il développa une ferme dans la culture de la marijuana en partenariat et sous le contrôle du gouvernement colombien (à des fins thérapeutiques) puis reprit en mains la principale marina présente en Équateur, celle de Caraques où nous nous trouvons actuellement. Je ne vous cache pas que la soirée fut exaltante, nous buvions les paroles de Geane autant que les bières qu’il nous offrait. Mais ce qui nous toucha le plus fut d’acquérir aussi rapidement la confiance et l’amitié de cet homme qui sut ce soir là nous éclairer sur la vérité de faits troublants, nous faisons transiter de la fiction à la réalité. Pour conclure la soirée et à notre grande surprise, Geane nous informe que nous pouvons rester à la marina gratuitement. Il ajoute que si nous le souhaitions, nous pourrions aussi travailler pour lui. Nous nous occuperions du développement commercial de sa Marina pour toute la partie française. Nous serions en charge de l’ensemble des réservations effectuées par les bateaux français sur lesquelles nous pourrions percevoir une commission de 10 %. C’est une grande marque de confiance mais j’ai beau faire le calcul dans tous les sens, ce travail ne nous permettra pas de gagner notre vie, même en équateur. C’est néanmoins très intéressant en tant qu’apport complémentaire et j’accepte de prendre en charge la communication et la gestion des réservations qui passeraient par un site web spécifique aux français que j’aurais développé. Nous partirons comme prévu pour la Polynésie et je verrai une fois arrivée ce que je peux faire dans ce sens. Mon optimisme de départ fut hélas rapidement tronqué par la vie que nous mènerons sur place et le fait qu’internet soit une denrée rare. Dans tous les cas le développement de ce site sera une occasion de s’occuper durant la longue traversée du pacifique qui nous attend (presque un mois en mer). Je devrai donc développer à bord ce site web ainsi que le nouveau site web qui remplacera notre ancien blog. Ces sites web fins prêts, il n’y aura plus qu’à les mettre en ligne une fois connecté à Internet. A la vitesse du débit que l’on trouvera en arrivant aux Marquises, c’est presque une semaine (la nuit) qu’il m’aura fallu pour la mise en ligne du site sur lequel vous vous trouvez actuellement. D’autres projets bien que démarrés à bord durant la transpacifique ont été mis de côté, ils devraient voir le jour prochainement : – Un publi reportage et un montage vidéo pour vous faire partager ce que sont les sanblas (une expérience unique au monde) – L’édition et le montage des vidéos de plongée réalisées avec la go pro (raies, raiemoras, tortues, requins, dauphins, …) – Mise en lignes des articles et des photos sur la Polynésie et témoignage de notre premier invité en Polynésie (article en attente) Mais le projet qui me tient le plus à coeur reste présent sur cette page : http://www.bateauivressedesmers.fr/index.php/temoignages Cette page est consacrée aux rapides interviews que nous réalisons auprès des personnes dont l’histoire est riche d’enseignements.

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